Fausse teigne : protéger les rayons et les caisses Warré stockés pendant l'hiver

On la découvre souvent au printemps, en ouvrant une caisse rangée à l'automne dans un garage : des rayons transformés en galeries de soie grise, des cocons collés au bois, une odeur de poussière. La fausse teigne n'est pas une maladie des abeilles, mais un papillon dont les larves dévorent les rayons dès que les abeilles ne les défendent plus. Dans une colonie forte, elle passe presque inaperçue. Dans une ruche affaiblie, ou dans des caisses stockées sans précaution, elle peut tout détruire en une saison chaude.
Deux papillons, une même discrétion
On désigne sous le nom de fausse teigne deux petits papillons nocturnes de la famille des pyrales. La grande fausse teigne (Galleria mellonella) est la plus redoutée ; la petite fausse teigne (Achroia grisella) fait des dégâts plus limités. Les adultes ne mangent pas : les femelles entrent dans les ruches ou les locaux de stockage, souvent la nuit, et pondent dans les interstices, entre les caisses, sous les barrettes, dans les fentes du bois.
Ce sont les larves qui causent les dégâts. Elles creusent des galeries tapissées de soie à travers les rayons, en se nourrissant de la cire mais surtout de ce qu'elle contient : pollen, restes de cocons et de mues laissés par les générations successives de couvain. Arrivées au terme de leur croissance, elles tissent des cocons serrés les uns contre les autres, souvent dans de petites cavités qu'elles rongent dans le bois des caisses et des barrettes.
C'est ce régime qui explique leurs préférences. Un vieux rayon sombre, qui a porté du couvain pendant plusieurs années, est un garde-manger ; un rayon de cire blanche bâti dans l'année et qui n'a contenu que du miel l'est beaucoup moins. Dans la nature, la fausse teigne joue d'ailleurs un rôle utile : elle nettoie les cavités des colonies sauvages mortes, qui ne restent pas des foyers de maladies.
Une colonie forte se défend seule
Dans une ruche peuplée, les ouvrières repèrent et expulsent les larves, et la fausse teigne reste marginale. Les dégâts visibles dans une ruche habitée signalent presque toujours un autre problème : colonie orpheline ou réduite par le varroa, ruche trop grande pour la population, colonie qui n'occupe plus que quelques rayons à la fin de l'hiver. Il faut alors chercher la cause de l'affaiblissement plutôt que traiter la fausse teigne elle-même.
Les signes d'une attaque sont faciles à reconnaître : fils de soie et galeries dans les rayons, petits grains sombres (les excréments des larves) sur le plancher, cocons agglomérés contre le bois, opercules de couvain percés en ligne quand les larves circulent sous le couvain. Un rayon envahi doit être retiré.
Ce qui change avec une ruche Warré
La conduite de la Warré limite naturellement le problème. On récolte la caisse du haut, la plus ancienne en miel, et on ajoute des caisses vides par le bas : les rayons se renouvellent d'eux-mêmes, et l'apiculteur garde peu de cire bâtie en réserve, contrairement à l'apiculteur en ruches à cadres qui stocke ses hausses tout l'hiver. Les rayons récoltés sont pressés ou égouttés, puis fondus, comme nous l'expliquons à propos de la récolte.
Il reste néanmoins des caisses bâties à conserver : celle que l'on retire à l'automne pour ramener la ruche à deux caisses, comme le recommande notre article sur l'hivernage, ou les caisses d'une colonie morte. Ce sont elles qu'il faut protéger. Une caisse Warré ne porte pas de cadres : les rayons sont fixés aux barrettes et souvent aux parois, ce qui empêche de les trier un par un. On décide donc caisse par caisse.
Trier avant de ranger
Avant de stocker une caisse, regardez ce qu'elle contient :
- Des rayons récents, clairs, sans pollen ni couvain : ils valent la peine d'être conservés, car ils feront gagner du temps à une colonie au printemps.
- Des rayons anciens, sombres, chargés de pollen : ils attirent la fausse teigne et accumulent les résidus au fil des années. Le guide de bonnes pratiques de l'université de Liège déconseille de stocker des rayons contenant du pollen ; mieux vaut les fondre.
- Des rayons d'une colonie morte : ne les réutilisez qu'après avoir identifié la cause de la mort. Un couvain suspect, une odeur anormale ou des écailles au fond des cellules imposent de demander un avis avant toute réutilisation, comme l'explique notre page sur les maladies réglementées. Du miel ou de la cire d'une colonie malade ne se donne jamais à une autre colonie.
Conserver au froid, à l'air et à la lumière
Le guide « Recyclage de la cire à usage apicole » publié en 2025 par l'université de Liège, dans le cadre du projet QualiWax, résume les bonnes conditions de stockage. Elles s'appliquent sans difficulté aux caisses Warré :
- Un local frais, aéré, clair et à l'abri de la pluie. La fausse teigne aime l'obscurité, la chaleur et l'air confiné : un grenier chaud ou un placard fermé est le pire endroit. Un appentis ouvert ou une remise non chauffée conviennent bien mieux.
- Le froid avant tout. Selon ce guide, maintenir les rayons sous 5 °C stoppe le développement de tous les stades de la grande fausse teigne. Un hiver froid fait donc une partie du travail ; le danger revient avec les premières chaleurs, d'où l'intérêt de remettre les caisses en service au printemps, ou de les contrôler dès les beaux jours.
- Empiler pour faire circuler l'air. Le guide recommande des piles hautes, sur au moins dix éléments, fermées par des grilles qui laissent passer l'air, pour créer un effet de cheminée. Les caisses Warré de 30 × 30 cm, décrites dans notre article sur la structure de la ruche, s'y prêtent bien : posez la pile sur un support surélevé, avec une grille fine en haut et en bas, qui empêche aussi les souris d'entrer.
- Congeler si possible. Le même guide indique qu'un passage de 48 heures au congélateur, entre −20 °C et −28 °C, détruit les œufs, les larves et les nymphes. Une caisse Warré tient dans un congélateur coffre. Au sortir du congélateur, laissez-la revenir à température dans un sac fermé pour éviter que la condensation ne mouille les rayons, puis stockez-la au frais pour éviter une nouvelle ponte.
Les produits à bannir
La tentation est grande de glisser un antimite dans la pile de caisses. Le guide de Liège est formel : le paradichlorobenzène, la naphtaline et tous les traitements antimites qui laissent des résidus dans la cire sont à bannir, car ils peuvent contaminer les abeilles, le miel et la gelée royale. La cire est une matière grasse qui retient durablement ce type de substances.
Le guide mentionne aussi, d'après les travaux de Jean-Daniel Charrière et Anton Imdorf (2007), des fumigations à l'anhydride sulfureux, à l'acide acétique ou à l'acide formique, qui ne s'accumulent pas dans la cire mais ne visent que certains stades et doivent souvent être répétées. Ce sont des produits corrosifs ou irritants, à manipuler avec précaution et à l'extérieur. Pour un petit rucher Warré qui garde peu de caisses bâties, le tri, le froid et la congélation suffisent dans la grande majorité des cas.
Au printemps
Avant de redonner une caisse conservée à une colonie, inspectez-la : rayons intacts, pas de soie, pas de cocons. Une caisse légèrement attaquée peut encore servir si la colonie est forte, car les abeilles nettoieront ce qui reste ; une caisse envahie se vide, ses rayons se fondent, et le bois se gratte avant de resservir. Notez enfin ce que vous avez observé : une fausse teigne trouvée dans une ruche habitée est une information sur l'état de la colonie, au même titre qu'un comptage de varroas.
Sources
- Université de Liège, Faculté de médecine vétérinaire, projet QualiWax, Guide de bonnes pratiques en matière de recyclage de la cire à usage apicole, fiche 4 « Gestion de la cire », 2025 : beetools.uliege.be.
- J.-D. Charrière, A. Imdorf, travaux sur la protection des rayons contre la fausse teigne, Centre de recherches apicoles (Agroscope, Suisse), 2007, cités par le guide précédent.
- Émile Warré, L'Apiculture pour tous, 1923 et éditions suivantes (agrandissement par le bas, récolte de la caisse du haut).
Santé des abeillesHiverner une colonie
Abeilles d'hiver, réserves, volume réduit, coussin sec, entrée protégée : préparer l'hiver dès la fin de l'été et le traverser sans ouvrir.
Santé des abeillesLes maladies réglementées
Loques, petit coléoptère des ruches, Tropilaelaps : les signes d'alerte, qui prévenir, et pourquoi un apiculteur amateur est un maillon de la surveillance.
La ruche WarréRécolter le miel d'une Warré
Prendre la caisse du haut, découper les rayons, presser ou égoutter, laisser maturer : la récolte sans extracteur, étape par étape.