Maladies des abeilles réglementées : loques, Aethina tumida, Tropilaelaps et qui alerter

La plupart des problèmes d'une colonie, une reine défaillante, une disette, un pillage, relèvent de la conduite du rucher. Certaines maladies, en revanche, dépassent le cadre d'une ruche : très contagieuses ou encore absentes de France, elles font l'objet de règles sanitaires et de mesures collectives. Tout apiculteur, même avec une seule ruche, doit savoir les reconnaître et à qui les signaler.
Pourquoi des maladies « réglementées » ?
Les abeilles d'un rucher ne restent pas chez elles. Elles butinent les mêmes fleurs que les colonies voisines, pillent les ruches affaiblies, se trompent de ruche au retour. Une maladie contagieuse peut ainsi passer d'un rucher à l'autre en quelques semaines. C'est pourquoi le droit sanitaire organise la surveillance de certaines maladies, impose leur déclaration et permet aux autorités de prendre des mesures : visites, mise sous surveillance d'une zone, destruction des colonies atteintes.
Depuis le 21 avril 2021, ce cadre s'appuie sur le règlement européen dit « loi de santé animale », qui classe les maladies selon les mesures qu'elles appellent. L'Anses indique que la loque américaine, le petit coléoptère des ruches et les acariens Tropilaelaps relèvent des catégories D et E, qui portent sur la surveillance et sur les conditions de mouvement et d'échange des abeilles. La France a maintenu, pour les deux parasites exotiques, des mesures nationales d'éradication en cas d'introduction.
La loque américaine
La loque américaine est une maladie bactérienne du couvain, due à Paenibacillus larvae. La bactérie forme des spores extrêmement résistantes, qui survivent des années dans la cire, le miel et le bois des ruches. Les larves infectées meurent après l'operculation et se transforment en une masse brunâtre et visqueuse.
Les signes d'alerte sont un couvain irrégulier, en mosaïque, des opercules affaissés, plus sombres, parfois percés, et une odeur désagréable. Un test simple consiste à enfoncer une allumette dans une cellule suspecte : si le contenu s'étire en un filament brun qui se rétracte, la suspicion est forte. Seul un laboratoire peut confirmer le diagnostic.
En cas de foyer, la préfecture peut prendre un arrêté qui place le rucher, voire une zone autour de lui, sous surveillance, avec des visites des ruchers voisins. Le matériel contaminé doit être détruit ou désinfecté selon les instructions des services vétérinaires. Le miel d'une colonie loqueuse ne doit jamais être donné à d'autres abeilles.
La loque européenne
La loque européenne, due à Melissococcus plutonius, touche aussi le couvain, mais les larves meurent en général avant l'operculation : on les voit tordues dans leur cellule, jaunies ou brunies. Elle est souvent liée à un stress de la colonie, une disette, un refroidissement, et peut régresser lorsque les conditions s'améliorent. Elle se confond facilement avec la loque américaine : toute anomalie du couvain mérite un avis.
Le petit coléoptère des ruches, Aethina tumida
Originaire d'Afrique, ce petit coléoptère brun-noir d'environ un demi-centimètre pond dans les ruches ; ses larves creusent les rayons et font fermenter le miel, qui devient visqueux et coule hors des alvéoles. Il est aujourd'hui absent de la plus grande partie de l'Union européenne : d'après les informations disponibles, il n'est présent que dans le sud de l'Italie et, pour la France, sur l'île de La Réunion.
En métropole, toute suspicion doit être déclarée immédiatement. Il ne faut ni déplacer les ruches, ni emporter de rayons, ni chercher à traiter soi-même : l'enjeu est d'éviter qu'un premier foyer ne s'étende.
Les acariens Tropilaelaps
Les acariens du genre Tropilaelaps, originaires d'Asie, parasitent le couvain à la manière du varroa, mais se multiplient plus vite. Selon une réponse ministérielle, l'Union européenne en est actuellement indemne. Leur introduction pourrait se faire par des importations d'abeilles ou de matériel apicole. D'où l'importance de ne pas introduire de colonies, de reines ou de matériel d'origine inconnue, et de signaler sans délai tout acarien inhabituel, plus petit et plus allongé que le varroa, observé sur le couvain ou sur un lange.
Les autres troubles fréquents
D'autres affections, plus courantes, ne sont pas soumises aux mêmes règles mais méritent attention : la nosémose, due à des champignons microscopiques qui affectent l'intestin des abeilles ; le couvain plâtré, dû à un champignon qui momifie les larves ; diverses viroses, souvent associées au varroa. Une mortalité brutale de nombreuses butineuses devant la ruche peut aussi signaler une intoxication. Dans ces situations, l'avis d'un vétérinaire ou d'un technicien sanitaire apicole aide à faire la part des choses ; le varroa, lui, fait l'objet de notre article dédié.
À qui s'adresser ?
- Le vétérinaire, de préférence formé à l'apiculture, ou un technicien sanitaire apicole rattaché au groupement de défense sanitaire.
- La direction départementale de la protection des populations (DDPP ou DDETSPP), service de l'État compétent en santé animale.
- Le groupement de défense sanitaire (GDS) du département, qui organise la surveillance et conseille les apiculteurs ; dans plusieurs régions, un observatoire des mortalités et des affaiblissements de l'abeille mellifère recueille aussi les signalements.
Les prélèvements sont analysés par des laboratoires agréés. Au sommet de ce réseau, le laboratoire de l'Anses à Sophia Antipolis est le laboratoire national de référence pour la santé des abeilles, le laboratoire de référence de l'Union européenne pour la santé de l'abeille, et un laboratoire de référence de l'Organisation mondiale de la santé animale pour plusieurs maladies des abeilles.
Enfin, la déclaration annuelle des ruches n'est pas une formalité détachée de la santé : le ministère rappelle qu'en cas de foyer nécessitant la destruction de ruches, le non-respect de la réglementation peut conduire au non-versement des indemnités. Pour les autres menaces de fin de saison, voir notre article sur le frelon asiatique.
Sources
- Anses, « Activités de référence du laboratoire de Sophia Antipolis », publié le 4 septembre 2026, et rapport d'activité 2024 du laboratoire (classement des maladies dans la loi de santé animale).
- Ministère de l'Agriculture, « Foire aux questions : déclaration de détention et d'emplacement de ruches », juin 2026 (indemnités).
- Réponses ministérielles à des questions écrites au Sénat (2025) et à l'Assemblée nationale sur Tropilaelaps et Aethina tumida.
- Exemple d'arrêté préfectoral de mise sous surveillance d'une zone pour loque américaine : préfecture de Vaucluse, 2024.
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