Santé des abeilles

Hiverner une colonie : réserves, volume, humidité et visites d'hiver

Santé des abeilles · Publié le 2026-10-27

Entrée d'une ruche aménagée dans le mur en bois d'un abri de jardin ancien, quelques abeilles sur la façade ensoleillée
Une ruche logée dans l'abri d'un verger botanique, à Heilbronn (Allemagne). Photographie placée sous licence CC0, via Wikimedia Commons.

Une colonie d'abeilles ne dort pas l'hiver. Elle se resserre en une grappe compacte, entretient en son centre une chaleur suffisante pour la reine et pour elle-même, et consomme ses réserves lentement, en attendant les premières fleurs. Sa survie se joue pour l'essentiel avant le froid : la qualité des abeilles d'hiver, la quantité de miel stocké, l'état de la ruche. L'apiculteur, lui, apprend à ne presque rien faire, et à le faire au bon moment.

La grappe et les abeilles d'hiver

Quand la température baisse, les abeilles se regroupent sur quelques rayons, autour de la reine. Celles de l'extérieur forment une couche isolante, celles de l'intérieur produisent de la chaleur en faisant vibrer leurs muscles de vol, et les places tournent régulièrement. La grappe se déplace lentement dans la ruche, en général vers le haut, pour rester au contact du miel. C'est pour cette raison que la ruche Warré, haute et étroite, place les réserves au-dessus du nid.

Les abeilles d'hiver ne sont pas les mêmes que celles de l'été. Nées à la fin de l'été et en automne, elles ont un corps plus riche en réserves et vivent plusieurs mois, contre quelques semaines pour une butineuse d'été. Si elles ont été parasitées par le varroa pendant leur développement, elles vivent moins longtemps, et la colonie s'éteint parfois en plein hiver malgré des réserves abondantes. La préparation de l'hiver commence donc en août, avec le suivi du varroa détaillé dans notre article consacré à ce parasite.

Les réserves : évaluer sans ouvrir

La question qui inquiète le plus les débutants est celle des provisions. La méthode la plus simple est la pesée. Soulever légèrement l'arrière de la ruche, ou mieux, la peser avec un peson accroché sous le plancher, donne une idée de son poids total. En comparant d'une ruche à l'autre et d'une année sur l'autre, en tenant compte du poids des caisses vides, on apprend vite à reconnaître une ruche bien pourvue.

Dans l'esprit de la ruche Warré, la colonie hiverne sur son propre miel : on n'a récolté en été que le surplus de la caisse du haut. Si une ruche paraît trop légère en automne, on peut encore lui donner du sirop épais tant qu'il fait doux et que les abeilles peuvent le stocker. Plus tard, en hiver, seul le candi, une pâte de sucre posée directement au-dessus de la grappe, sur les barrettes, est adapté. On utilise des produits destinés aux abeilles, jamais de miel d'origine inconnue, qui peut transmettre des maladies.

Réduire le volume

Une colonie d'hiver chauffe la grappe, pas toute la ruche. Mais un grand volume vide sous elle augmente les courants d'air froid et l'humidité. En Warré, on retire à l'automne les caisses vides du bas, pour ne garder en général que deux caisses : celle où se trouve la grappe et celle des réserves au-dessus. Si une colonie est trop faible pour remplir ses deux caisses, il vaut parfois mieux la réunir à une autre colonie saine que de la laisser affronter l'hiver seule.

L'humidité, ennemie plus redoutable que le froid

Une colonie supporte bien le froid sec. Ce qui la menace est l'humidité : la respiration de milliers d'abeilles produit de la vapeur d'eau qui se condense sur les parois froides et peut retomber sur la grappe. Le coussin isolant de la ruche Warré, rempli de copeaux ou de paille, absorbe une partie de cette humidité et limite la condensation au plafond. Encore faut-il qu'il reste sec : un toit qui fuit, un coussin détrempé ou moisi doivent être remplacés dès que possible. Le toit aéré au-dessus du coussin laisse s'échapper l'humidité.

L'emplacement compte aussi. Une ruche placée dans un fond humide, sous des arbres qui gouttent, ou posée directement sur le sol hiverne mal. Une ruche surélevée, au soleil d'hiver, abritée des vents dominants, part avec un avantage.

Protéger l'entrée

À l'automne, on réduit l'entrée. Un réducteur limite les courants d'air et aide la colonie à se défendre contre les pillardes et les frelons, dont la pression peut se prolonger jusqu'aux premiers froids, comme l'explique notre article sur le frelon asiatique. Une grille à mailles fines empêche les souris d'entrer s'installer au chaud dans les rayons. Dans certaines régions, les pics creusent les parois des ruches en hiver : un grillage tendu à quelques centimètres des caisses les tient à distance.

Après les chutes de neige, on vérifie que l'entrée n'est pas obstruée, sans tapoter la ruche. Un peu de neige devant l'entrée n'est pas grave et isole même la ruche, mais une entrée complètement bouchée gêne l'aération.

Que faire pendant l'hiver ?

Presque rien, et c'est voulu. On n'ouvre pas la ruche par temps froid : chaque ouverture fait perdre une chaleur que la colonie paie en réserves. Les gestes utiles se font de l'extérieur : vérifier les toits après les tempêtes, soupeser les ruches une fois par mois, écouter le bourdonnement de la grappe en collant l'oreille à la paroi, observer les sorties de propreté par une journée douce. C'est aussi en hiver, quand la colonie n'a plus de couvain, que certains traitements contre le varroa sont les plus efficaces.

C'est enfin la saison idéale pour préparer le matériel : réparer les caisses, préparer des barrettes amorcées, nettoyer l'enfumoir, faire le point sur les carnets de l'année. Et pour déclarer ses ruches, si ce n'est pas encore fait, avant le 31 décembre.

Une colonie morte : fermer et comprendre

Il arrive qu'une colonie ne passe pas l'hiver. Il faut alors fermer sans attendre l'entrée de la ruche morte : les abeilles des ruches voisines viendraient piller le miel restant et pourraient emporter avec lui les germes d'une éventuelle maladie. Puis on cherche la cause : grappe morte sur des rayons vides malgré du miel à côté, signe d'un froid brutal ou d'une colonie trop petite ; ruche vide de toute abeille, souvent liée au varroa ; traces d'humidité et de moisissures ; couvain suspect. En cas de doute sur une maladie, demandez un avis avant de réutiliser les rayons ou le matériel, comme le recommande notre page sur les maladies réglementées.

Sources