Santé des abeilles

Frelon asiatique : protéger son rucher et ce que prévoit la loi de 2025

Santé des abeilles · Publié le 2026-10-27

Gros plan d'un frelon asiatique, au corps sombre bandé d'orange et aux pattes jaunes, posé sur la paroi papier de son nid
Un frelon asiatique à pattes jaunes (Vespa velutina) sur son nid. Photographie de Vespa-Watch, CC0, via Wikimedia Commons.

Un frelon en vol stationnaire devant la planche d'envol, qui attend une butineuse au retour et l'emporte : la scène est devenue familière dans une grande partie de la France. Le frelon asiatique ne détruit pas toujours les colonies, mais il les stresse, les empêche de butiner et les affaiblit au pire moment, à l'approche de l'hiver. Il ne se combat pas seul, rucher par rucher : depuis 2025, la loi prévoit un plan national.

Un envahisseur arrivé en 2004

Selon le ministère de l'Agriculture, le frelon asiatique a été introduit accidentellement en France en 2004. Il a d'abord colonisé le quart sud-ouest du pays, puis a poursuivi sa progression sur la plus grande partie du territoire. Il a été classé espèce exotique envahissante, et le ministère de l'Agriculture l'avait également rangé parmi les dangers sanitaires de deuxième catégorie pour l'abeille.

Il se distingue du frelon européen, plus gros et de couleur dominante brun-roux et jaune, par son thorax noir, une large bande orangée sur l'abdomen et l'extrémité jaune de ses pattes. Le frelon européen chasse aussi des insectes, mais il ne fait pas le guet devant les ruches de la même manière. Avant toute action, il faut savoir les distinguer.

Un cycle annuel en trois temps

Au printemps, chaque reine fondatrice sortie d'hibernation construit seule un petit nid primaire, souvent dans un endroit abrité : sous un avant-toit, dans un abri de jardin, une haie. Lorsque les premières ouvrières sont nées, la colonie déménage fréquemment vers un nid secondaire, beaucoup plus grand, souvent installé haut dans un arbre, où il passe inaperçu jusqu'à la chute des feuilles.

C'est en fin d'été et à l'automne que la colonie de frelons est la plus populeuse et qu'elle a le plus besoin de protéines pour nourrir ses larves. Les abeilles deviennent alors des proies de choix. Les ouvrières chassent en vol stationnaire devant les ruches ; les colonies d'abeilles, sous la menace, réduisent leur activité, cessent de butiner et consomment leurs réserves. À la fin de l'automne, le nid produit de futures reines qui hiverneront, tandis que le reste de la colonie meurt. Le nid vide ne sera pas réutilisé.

Protéger les ruches

Les mesures les plus simples portent sur l'entrée des ruches. Un réducteur d'entrée, qui ne laisse passer qu'une ou deux abeilles de front, permet aux gardiennes de défendre plus facilement leur porte. Des grilles ou « muselières » placées devant l'entrée obligent le frelon à se poser ou à manœuvrer, ce qui le rend moins efficace. En Warré, l'entrée basse et étroite se prête bien à ces dispositifs.

Une colonie forte se défend mieux qu'une colonie faible : l'automne est le moment de réunir les colonies trop petites et de veiller aux réserves, comme l'explique notre article sur l'hivernage. Une colonie déjà affaiblie par le varroa, voir notre article sur le varroa, résiste moins bien à la pression des frelons.

La question du piégeage

Le piégeage est le sujet le plus discuté. Des pièges non sélectifs, remplis d'un liquide sucré et posés n'importe où, capturent beaucoup d'autres insectes, y compris des pollinisateurs et des frelons européens, sans effet démontré sur les populations de frelons asiatiques. Le ministère rappelait déjà que certaines pratiques de lutte pouvaient constituer un danger pour la sécurité publique ou un risque pour la biodiversité.

Les approches recommandées par les organismes techniques sont plus ciblées : piéger au printemps les fondatrices près des endroits où des nids ont été trouvés l'année précédente, et protéger les ruchers en fin d'été avec des pièges sélectifs, conçus pour laisser ressortir les insectes plus petits. Les modalités varient selon les départements ; il est utile de suivre les consignes du groupement de défense sanitaire ou de la structure qui coordonne la lutte localement.

Signaler et faire détruire les nids

Un nid de frelons asiatiques ne doit jamais être approché ni détruit par un particulier sans équipement : les frelons défendent vigoureusement leur nid, et leurs piqûres multiples peuvent être dangereuses. On le signale, en indiquant sa localisation, à la mairie ou à la plateforme de signalement mise en place dans le département, puis sa destruction est confiée à un professionnel. La prise en charge du coût varie selon les communes et les départements.

Détruire les nids secondaires avant la fin de l'été, avant qu'ils ne produisent des reines, réduit la population de l'année suivante. Les nids repérés après la chute des feuilles sont en général déjà vides.

Ce que prévoit la loi de 2025

La loi n° 2025-237 du 14 mars 2025 vise à endiguer la prolifération du frelon asiatique et à préserver la filière apicole. Elle prévoit un plan national de lutte, décliné en plans départementaux, et les modalités de financement de la surveillance, du piégeage, de la destruction des nids et de l'indemnisation des apiculteurs. Le décret n° 2025-1377 du 29 décembre 2025, publié au Journal officiel du 30 décembre, fixe les modalités d'adoption de ces plans.

Selon une réponse ministérielle publiée au Journal officiel le 9 juin 2026, un projet de plan national, élaboré avec les apiculteurs, les instituts techniques et des associations, a été soumis à consultation du public du 8 au 29 avril 2026 et devait être publié prochainement. Le ministère y mentionne une enveloppe exceptionnelle de 3 millions d'euros pour 2026, principalement consacrée au piégeage, à la destruction des nids et à la formation. Les plans départementaux préciseront qui fait quoi dans chaque territoire : renseignez-vous auprès de la préfecture et du groupement de défense sanitaire.

Les autres menaces sanitaires, en particulier les maladies soumises à déclaration, sont présentées dans notre page sur les maladies réglementées des abeilles.

Sources