Santé des abeilles

Le varroa : comprendre l'acarien, compter et agir au bon moment

Santé des abeilles · Publié le 2026-10-27

Image au microscope électronique, colorisée : un acarien varroa ovale et brun-rouge accroché entre les poils d'une abeille
Un varroa sur son hôte, vu au microscope électronique à balayage. Image du service de recherche agricole du département de l'Agriculture des États-Unis (USDA-ARS), domaine public.

Aucun sujet ne divise autant l'apiculture naturelle que le varroa. Cet acarien est présent dans pratiquement tous les ruchers de France, et une colonie fortement infestée s'effondre en général en un ou deux ans. Certains apiculteurs misent sur la sélection d'abeilles capables de le tolérer, d'autres traitent systématiquement. Entre les deux, une règle fait consensus : on ne peut pas gérer ce que l'on ne mesure pas.

Un parasite venu d'Asie

Varroa destructor est un acarien d'un peu plus d'un millimètre, de couleur brun-rouge, qui vit aux dépens des abeilles. Son hôte d'origine est l'abeille asiatique, Apis cerana, avec laquelle il entretient un équilibre ancien. Le passage à l'abeille mellifère européenne, au XXe siècle, puis son transport d'un continent à l'autre avec des colonies, l'ont répandu dans presque le monde entier.

En France, la varroose a été reconnue pour la première fois le 1er novembre 1982, dans le canton de Wissembourg, dans le Bas-Rhin. En quelques années, le parasite s'est répandu sur l'ensemble du territoire. Aujourd'hui, on considère qu'aucun rucher n'en est indemne.

Comment il affaiblit une colonie

La femelle varroa pénètre dans une cellule de couvain juste avant que les ouvrières ne l'operculent. Elle y pond, et ses descendants se nourrissent sur la larve puis sur la nymphe en développement. Quand la jeune abeille émerge, elle libère les acariens adultes qui s'accrochent à d'autres abeilles avant de recommencer.

Les abeilles parasitées naissent plus faibles et vivent moins longtemps. Surtout, le varroa leur transmet des virus, dont celui des ailes déformées : des abeilles aux ailes froissées, incapables de voler, sur la planche d'envol sont un signe d'alerte classique. La population d'acariens croît avec celle du couvain, au printemps et en été. Si rien n'est fait, elle atteint son maximum en fin d'été, au moment précis où la colonie élève les abeilles d'hiver, qui doivent vivre plusieurs mois. Une colonie qui entre dans l'hiver avec des abeilles affaiblies risque de ne pas en sortir.

Mesurer l'infestation

Plusieurs méthodes existent, de la plus simple à la plus précise. Elles se complètent.

L'important est la régularité : un comptage en début d'été, un autre après la récolte, un dernier en hiver, notés dans un carnet pour chaque ruche. Les groupements de défense sanitaire publient des seuils indicatifs à partir desquels une intervention est recommandée ; ils varient selon la méthode et la saison.

Agir : des médicaments autorisés, au bon moment

Lorsqu'une intervention est nécessaire, seuls des médicaments vétérinaires disposant d'une autorisation de mise sur le marché peuvent être utilisés, en respectant la notice : dose, durée, période et précautions pour l'apiculteur. La liste en est publiée par l'Agence nationale du médicament vétérinaire, au sein de l'Anses. Depuis un arrêté de 2018, les médicaments à base d'amitraze ou d'acide oxalique destinés à la lutte contre la varroose ne sont plus soumis à prescription vétérinaire obligatoire, ce qui facilite leur accès aux amateurs.

Le moment compte autant que le produit. Après la récolte, pour protéger les futures abeilles d'hiver, et en hiver, quand la colonie n'a plus de couvain et que les acariens ne peuvent plus se cacher dans les cellules operculées, sont les deux périodes les plus souvent retenues. Les mélanges d'huiles essentielles, de plantes ou d'autres préparations non autorisées ne sont pas des traitements : leur efficacité n'est pas démontrée, et certains peuvent nuire aux abeilles ou laisser des résidus dans le miel et la cire.

L'usage répété d'une même molécule favorise l'apparition de varroas résistants. Des travaux publiés en 2024 ont ainsi décrit, en France, des îlots de résistance à l'amitraze. Alterner les substances, selon les conseils du groupement de défense sanitaire ou du vétérinaire, en tient compte.

Et les abeilles qui résistent ?

Certaines colonies semblent mieux tolérer le varroa que d'autres : leurs ouvrières détectent et nettoient les cellules infestées, ou la colonie essaime souvent, ce qui interrompt le cycle du couvain. Des programmes de sélection cherchent à fixer ces caractères, et des populations sauvages ou peu traitées font l'objet d'études. Ces recherches sont prometteuses, mais elles ne garantissent pas aujourd'hui qu'une colonie quelconque survivra sans intervention.

L'apiculteur qui choisit de ne pas traiter doit le faire en connaissance de cause : compter, observer, et accepter d'intervenir si l'infestation devient dangereuse, pour sa colonie comme pour celles du voisinage, qu'une ruche effondrée contamine par le pillage et la dérive.

Un enjeu collectif

Le varroa ne connaît pas les limites de propriété. Au niveau européen, la loi de santé animale, appliquée depuis le 21 avril 2021, classe l'infestation par Varroa parmi les maladies faisant l'objet de mesures de surveillance et de règles pour les échanges. En France, la lutte repose largement sur l'organisation collective des apiculteurs, à travers les groupements de défense sanitaire et leurs programmes. Adhérer à son groupement départemental donne accès à des conseils, à des médicaments à prix groupés et aux alertes locales.

Le varroa n'est pas la seule menace : le frelon asiatique pèse aussi sur les colonies en fin d'été, comme l'explique notre article sur le frelon asiatique, et certaines maladies sont soumises à déclaration obligatoire, voir notre page sur les maladies réglementées. Une colonie bien suivie à l'automne aborde aussi mieux l'hivernage.

Sources